Après une semaine après le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février 2026, des indicateurs sur le terrain — tant militaires que politiques — laissent penser qu’elle pourrait s’arrêter dans moins de deux semaines. Cela intervient malgré les déclarations des deux parties affirmant leur préparation à une guerre longue pouvant durer des semaines, voire des mois.
Lors de la guerre de juin 2025, menée par les États-Unis et Israël dans le but de détruire le programme nucléaire iranien, l’impression dominante était qu’elle se prolongerait pendant plusieurs semaines. Pourtant, elle n’a duré que douze jours. Les interprétations de l’annonce de la fin de la guerre avaient alors divergé : Washington avait affirmé avoir détruit le programme nucléaire iranien, estimant que sa reconstruction nécessiterait de longues années. À l’inverse, une autre analyse soutenait qu’Israël n’était plus en mesure de supporter les pertes provoquées par les missiles iraniens. Dans le conflit qui a éclaté le 28 février 2026, plusieurs éléments renforcent l’hypothèse de la fin de cette guerre en moins de deux semaines.
Parmi les facteurs, figure la nature imprévisible du président américain, Donald Trump. Celui-ci pourrait en effet annoncer à tout moment l’arrêt des opérations militaires et présenter cette décision comme une victoire. Il semble d’ailleurs préparer l’opinion publique à un tel scénario en affirmant que la guerre a détruit les capacités militaires iraniennes, y compris les missiles et leurs plateformes de lancement, et que Téhéran aura besoin d’environ dix ans pour les reconstruire. Certains observateurs estiment que les propos du président américain comportent déjà une tonalité préparatoire laissant entrevoir une proclamation de victoire en vue de mettre fin au conflit.
Il ne rencontrerait probablement pas de grandes difficultés à prendre une telle décision, d’autant que la majorité de l’opinion publique américaine s’oppose à la poursuite du conflit, y compris parmi une partie de ses propres partisans, traditionnellement réticente aux guerres extérieures.
Israël en est parfaitement conscient. Le journal israélien Yedioth Ahronoth, citant un haut responsable de l’armée de l’air, a indiqué que Tel-Aviv avait intensifié ses frappes contre l’Iran par crainte que Trump n’annonce la fin de la guerre avant que toutes les cibles prévues ne soient atteintes.
Sur le plan militaire, qui demeure le facteur le plus déterminant, les discussions se multiplient au sujet d’un éventuel manque de systèmes de défense aérienne en Israël et dans plusieurs pays du Golfe. Les acquisitions de ces États en matière de systèmes de défense aérienne sont relativement limitées et bien connues. Ils pourraient donc, tout comme Israël, ne pas être en mesure de soutenir efficacement une défense contre les drones et surtout contre les missiles iraniens avancés qui pourraient être utilisés ultérieurement. Une telle situation pourrait entraîner une augmentation significative des pertes en cas de prolongation du conflit.
Dans ces conditions, il pourrait devenir difficile pour Israël et les pays du golfe Persique de supporter davantage de pertes, même si l’Iran subit lui aussi des pertes importantes, voire plus lourdes. Dans ce contexte, le journal The Wall Street Journal a rapporté que les stocks de systèmes d’interception, notamment ceux du système THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), avaient diminué. Or, ces systèmes constituent l’un des principaux moyens d’intercepter les missiles balistiques et hypersoniques iraniens.
La presse américaine a également rapporté que le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, avait reconnu, lors d’une session à huis clos au Congrès, que les drones de type Shahed représentaient un véritable défi et qu’il n’était pas toujours possible de les intercepter.
L’ancien secrétaire d’État Antony Blinken a également participé au débat, mettant en garde contre le risque pour les États-Unis d’épuiser une partie de leur arsenal militaire si les opérations se prolongeaient. Une telle situation pourrait affaiblir la position de Washington face à des adversaires comme la Chine et la Russie, d’autant que les États-Unis pourraient avoir du mal à reconstituer rapidement leurs stocks militaires.
Ces analyses interviennent alors que l’Iran affirme être prêt à mener une guerre de longue durée, tandis que les États-Unis écartent l’option d’une invasion terrestre en raison de son coût extrêmement élevé et de la faible probabilité d’obtenir une victoire décisive.
Une semaine après le début de la guerre, Tom Karako, directeur du programme de défense antimissile au centre de recherche CSIS, a résumé cette problématique en déclarant : « Une partie du problème réside dans la capacité de production iranienne d’armes offensives : ils fabriquent des missiles balistiques et des drones en quantité bien supérieure à celle à laquelle nous pouvons produire des missiles intercepteurs. »
D’autre part, la résistance de l’économie mondiale aux conséquences de cette guerre semble de plus en plus limitée. La plupart des pays du monde est contre la guerre et estime que ses répercussions économiques vont être très graves, voire catastrophiques, en particulier pour les États fortement dépendants du pétrole du golfe Persique, comme l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, et surtout la chine. En raison de cette guerre, la Chine ne prévoit pas de dépasser le taux de croissance enregistré en 1991 et a interdit l’exportation de diesel. Si la Chine, souvent décrite comme l’usine du monde, subit un revers économique, celui-ci s’étendra nécessairement au reste du monde. Les prix ont déjà commencé à augmenter dans les pays africains, européens et latino-américains. Le 7 mars 2026, le journal français Le Monde a publié un article intitulé comme Avertissement qui indique avec la hausse du prix du gaz, l’Europe est face à la menace d’un choc énergétique.
Il convient de noter que les États-Unis disposent de pétrole et de gaz et n’en importent pas, mais exploitent plutôt les conflits tels que ceux-ci pour les vendre à des prix élevés, comme ils l’ont fait lors de la guerre russo-ukrainienne.
Cette situation commence également à susciter des critiques croissantes à l’égard de Washington, y compris de la part de certains de ses alliés. Ainsi, plusieurs pays occidentaux, dont le Royaume-Uni, principal allié des États-Unis, hésitent à s’engager directement dans ce conflit. Parallèlement, une partie de l’opinion publique mondiale considère désormais Washington comme l’un des principaux facteurs susceptibles de provoquer une crise financière mondiale, en raison des répercussions de cette guerre.
Dans ce contexte, le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde contre la possibilité que l’économie mondiale entre dans une phase de forte inflation accompagnée de graves difficultés financières, parmi les plus sévères que le monde ait connues depuis plusieurs décennies.
Un autre élément, tout aussi important, réside dans le fait que Washington semble désormais convaincu de la difficulté de provoquer la chute du régime à Téhéran. Celui-ci a en effet réussi à réorganiser rapidement ses structures, malgré l’assassinat de plusieurs de ses principaux dirigeants au cours des deux premiers jours de la guerre, ce qui rend peu probable la reproduction du scénario vénézuélien en Iran.
En dépit du renforcement de l’opposition au cours des dernières années et des manifestations qu’elle a organisées contre le régime, celle-ci demeure fragmentée. En face, les partisans du régime et leurs institutions disposent de racines profondes dans la société et l’appareil d’État, ce qui contribue à assurer la continuité du système en place.
Sur le plan de la politique internationale, ce conflit contribue également à creuser les divisions au sein du camp occidental. Les pays européens refusent de s’y engager directement et se contentent de fournir un soutien logistique limité. Certains dirigeants vont même plus loin en s’opposant ouvertement au conflit et en menant des campagnes politiques contre celui-ci. C’est notamment le cas du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, qui a clairement exprimé son opposition et tenté de mobiliser une position européenne plus critique à l’égard des opérations militaires. Le chef du gouvernement espagnol a déclaré que cette guerre serait source de tragédies et d’inquiétudes, et Berlin s’est rangé du même avis. Le refus britannique de s’engager dans la guerre reste révélateur de la fracture au sein du bloc occidental sur les grandes questions, notamment la guerre contre l’Iran.
Mais Le scénario le plus préoccupant pour l’ensemble des acteurs reste toutefois l’hypothèse selon laquelle le régime iranien se sentirait menacé d’effondrement. Dans une telle situation, Téhéran pourrait adopter une stratégie d’escalade extrême en frappant un grand nombre d’installations énergétiques et, éventuellement, en incendiant des champs pétroliers et gaziers dans la région. Une telle action pourrait être présentée comme une riposte contre Washington et comme une sanction à l’encontre des pays du Golfe qui abritent des bases militaires américaines, ce qui risquerait de provoquer une crise économique mondiale sans précédent.
Les attaques menées par l’Iran contre certains pays du Golfe, sous prétexte de viser des bases militaires américaines, sont perçues par certains observateurs comme un indicateur possible de cette orientation. La menace d’une fermeture totale du détroit d’Ormuz, par lequel transitent les pétroliers, s’inscrit également dans cette tendance.
Néanmoins, un tel scénario reste difficile à envisager, même s’il ne peut être totalement exclu si le conflit venait à s’aggraver. N’oublions pas que le principal facteur de cette guerre est religieux : les chiites croient au destin et sont prêts au sacrifice, tandis qu’Israël et les États-Unis croient en la grande guerre « Armageddon ». Ainsi, lorsque la dimension religieuse entre en jeu dans un conflit, tous les scénarios sont possibles.
