Dans un jugement historique, l’Etat marocain perd contre Zakaria Moumni devant la justice française

Zakaria Moumni
La plus haute juridiction française a estimé ce vendredi 10 mai qu’un État étranger ne pouvait pas porter plainte en France pour diffamation. Ce jugement fait suite à une série de requêtes du Maroc, qui s’estimait lésé par des critiques de journalistes français et d’un ancien boxeur, qui accusait les autorités marocaines de torture.

Un État étranger qui estime être victime de diffamation publique ne peut engager de poursuites devant la justice française, a définitivement tranché vendredi la Cour de cassation, qui était saisie par le royaume du Maroc.

Cette décision de la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire, qui s’était réunie en formation plénière, la plus solennelle, fera désormais jurisprudence.

Elle permettra de débouter les États requérants dès le stade de la plainte ou de la saisine d’un juge.

Plainte pour torture au Maroc

Le Maroc avait déposé trois recours, après qu’une série de ses plaintes en diffamation, entre 2015 et 2018, ont été déclarées irrecevables.

Ces plaintes visaient notamment des journalistes français et Zakaria Moumni, un ancien boxeur qui avait porté plainte en France pour torture contre le patron du contre-espionnage marocain, une affaire qui avait nourri une brouille diplomatique entre Paris et Rabat.

L’article 32 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse réprime « la diffamation commise envers les particuliers ». Mais le royaume chérifien ne pouvant « être assimilé à un particulier au sens de ce texte », il ne lui est pas permis « d’engager une poursuite en diffamation sur le fondement de cette loi », a jugé la Cour de cassation.

L’Azerbaïdjan également débouté

« En conséquence, aucun État, qui soutient être victime d’une diffamation, ne peut agir en réparation de son préjudice », a tranché la Cour.

La plus haute juridiction avait déjà rejeté le 17 décembre des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) posées par le Maroc.

Pour les mêmes raisons, la justice française avait jugé irrecevable une plainte de l’Azerbaïdjan contre des journalistes français qui avaient qualifié cet État de « dictature » et son dirigeant de « despote ».

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