Bolton: un stratège de l’époque de la guerre froide qui s’est trompé d’époque/ El Houssine Majdoubi

Jhon Bolton
Le Conseiller de sécurité nationale John Bolton est le principal faucon de la pensée guerrière aux Etats-Unis, il parle guerre, réfléchit guerre, pense guerre et ne rêve que de la guerre. Malgré son poste important, il demeure  sans influence réelle dans les décisions militaires en raison des circonstances actuelles  où Washington n’est plus disposée à mener des guerres militaires mais plutôt  économiques. Mais quelle est la vision de ce responsable sur les relations internationales et pourquoi est-il si obsédé par l’idée de la guerre?

Jamais la Maison Blanche n’a vu passer au poste de conseiller une personnalité qui cumule les déclarations belliqueuses comme John Bolton. Le paradoxe est que malgré le caractère impulsif du président Donald Trump qui agite sans cesse les menaces de guerres et de sanctions, il n’atteint pas le niveau de son conseiller John Bolton . L’un des commentaires les plus moqueurs de ses amis et adversaires au Pentagone et au département d’Etat  à propos de son penchant vers la guerre est celui-ci:« La tête de Bolton est remplie  d’uranium enrichi. », tant ce personnage essaie de saisir l’occasion de la moindre divergence entre Washington et un autre pays pour agiter la menace de la guerre,   ce qui a pour effet d’irriter le président Trump lui-même et provoquer la des chefs militaires qui considèrent que la guerre n’est pas un jeu et que le fait de parler de menace de guerre matin et soir finit par entamer le  prestige de l’armée américaine.

Ainsi,  Bolton a saisi l’occasion du déplacement du porte-avions américain USS Abraham  Lincoln en tournée dans le monde entier , programmée depuis plus d’une année, pour commencer à parler d’attaque contre l’Iran dès que ce porte-avions a franchi la mer Méditerranée. Ce qui a poussé les experts et analystes internationaux et la presse mondiale à pronostiquer une guerre imminente, alors qu’n fait il s’agit plutôt d’un poisson d’avril arrivé au mois de mai, alors que la présence militaire américaine est la plus faible depuis plus de vingt ans.

La question demeure : comment réfléchit  Bolton à propos des  questions internationales et pourquoi  penche-t-il  toujours vers les options  guerrières ?
Bolton est l’un des responsables les plus radicaux lorsqu’il s’agit d’être jaloux de la grandeur des Etats unis, qui doivent demeurer en permanence, selon sa conception, la plus grande force politique, économique et militaire connue par  l’humanité jusqu’à présent. En conséquence elle doit être la seule à décider pour imposer sa propre vision du monde et défendre ses intérêts, et c’est ainsi qu’elle doit utiliser la guerre pour appliquer cette stratégie. Le paradoxe, dans sa jeunesse, Bolton avait été parmi les jeunes  Américains qui ont refusé d’aller à participer à la guerre du Vietnam dans les années 1970s. Ce qui veut dire qu’il agite le spectre de la guerre qui doit être livrée, comme on peut le constater à la lecture de son livre paru en 2008 sous le titre « Surrender Is Not an Option” , soit en français ” La reddition n’est pas une option” et d’autres écrits antérieurs et ultérieurs.
-Bolton croit en la prééminence des  États-Unis par rapport à l’Organisation des Nations Unies, et il croit que cette dernière ne doit pas se mêler des sujets traités par Washington sur la scène internationale, sauf si elle apporte son appui et son soutien mais jamais elle ne doit s’opposer à la volonté des Etats Unis.

-Bolton croit en la  nécessité pour Washington d’exploiter chaque faiblesse de la  Russie et de la Chine pour les empêcher de devenir des grandes puissances qui influent les décisions internationales et rivalisent avec les États-Unis ou menacent le leadership américain , ainsi il est un des avocats de la guerre économique contre la Chine et de la réduction des ventes du pétrole russe.

-La nécessité pour les États-Unis d’éliminer les régimes politiques qui évoluent  dans l’orbite de la Russie ou de la Chine et qui nuisent aux intérêts des États-Unis d’Amérique, comme celui de  Cuba et du Venezuela en vertu de la doctrine Monroe afin que Washington contrôle facilement toute le  continent américain.

 -il croit à la nécessité d’éliminer le régime Iranien comme un besoin stratégique américain, il insinue que la guerre livrée à l’Irak avait pour but d’encercler l’Iran  plus que la chute du régime de Saddam Hussein. Il accuse même les services d’intelligence américains d’avoir empêché le président républicain Bush junior en 2006 de mener une  guerre contre l’Iran.

 Conscient de la transition progressive du centre de gravité économique et militaire mondial vers l’Asie, il  insiste sur la nécessité d’éliminer le régime de la Corée du Nord pour maintenir tous les régimes de la zone sous influence libérale et favoriser ainsi la suprématie américaine et encercler plus tard la Chine.

-Bolton croit en la nécessité d’affaiblir l’Union Européenne pour l’empêcher de devenir un géant économique ou militaire car cette union n’ a pas la volonté suffisante pour  défendre les intérêts occidentaux face à  la Chine et la Russie. Voici pourquoi il encourage le Brexit ( le divorce ente la grande Bretagne et l’Union européenne) qui accélère cet affaiblissement et déclare que le Brexit est une victoire de la démocratie.

La vision géopolitique du monde  à la manière de Bolton appartient à un courant de pensée aux États-Unis dont l’un   des penseurs est Paul Kagan dont le livre « Le retour de l’histoire »  reprend les thèses de Samuel Huntington à propos du choc des civilisations.

Mais le drame de  Bolton est qu’il occupe son poste à un moment où les chefs  militaires américains n’envisagent plus la guerre comme la option sérieuse car elle épuise la société américaine, et où le chef de la Maison Blanche , Donald Trump, est  plutôt favorable, pour restaurer la grandeur des États-Unis,  aux guerres économiques pour affaiblir les adversaires et les partenaires à la fois, plus que l’utilisation des portes avions et des avions de combat, tout en encourageant les   entreprises américaines qui investissent à l’étranger à revenir aux états unis et en encourageant aussi la réduction de l’immigration en provenance d’ Amérique latine et du tiers monde en général.

Bolton ressemble à un penseur de l’ère du noir et blanc et de la guerre froide, qui s’est trompé d’époque.

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